The Banner Saga

the-banner-saga-coverL’avènement de la scène indépendante et du financement participatif nous a permis de voir arriver tout un tas d’excellents jeux qui n’auraient peut-être jamais vu le jour en suivant un circuit de production traditionnel. The Banner Saga fait sans doute parti de ceux là. Entre son look « cartoon », sa narration très mature et son gameplay vieille école, le premier titre de Stoic Studio avait peu de chance de séduire un gros éditeur. Le public en revanche fut plus que séduit par l’annonce du jeu. Le plébiscite fut sans appel. Stoic estimait $100.000 nécessaires pour la production de leur titre, le public jugea que le septuple serait plus à propos. Deux ans plus tard le jeu est enfin sorti, et nous sommes en mesure de juger si la confiance manifestée envers le jeune studio Texan était justifiée.

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Le prologue ouvre sur une courte mise en situation. Un texte concis vous apprend que les dieux sont morts. Humains et géants (varls), ennemis héréditaires, se sont alliés pour repousser vers les plaines gelées du grand nord des créatures destructrices nommées Dredges. Les temps sont prospères. Et puis, le rideau se lève. Un monologue vous explique d’une voix atone que le soleil s’est « arrêté de tourner » depuis quelques jours. Avançant dans un matin interminable votre compagnie conclut sa collecte de taxes par la ville portuaire de Strand. Ce qui devait être la dernière étape d’une campagne bien trop longue va en fait se révéler être le point de départ de votre aventure.

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Immédiatement plongé dans le bain, le joueur commence à croiser le fer à Strand. Si la ville est prospère elle ne manque pas de canailles et de croquants prêts à s’opposer à l’autorité du gouverneur local. Rien qu’une poignée de géants tel que vous ne puissiez résoudre. C’est l’occasion pour le joueur de découvrir le cœur du gameplay, à savoir un système de Tactical-RPG plutôt traditionnel. L’écran, orienté en vue 3D isométrique, affiche un « damier » sur lequel les unités se déplacent et s’estourbissent avec entrain. Le gameplay est très efficace, même si quelques points sont source de frustration. Je pense notamment au système de ressources, appelé renommée, qui permet d’augmenter le niveau de vos troupes ainsi que d’acheter victuailles et artefacts. Très rapidement on se retrouve dans des situations où nos unités ont l’expérience nécessaire pour augmenter de niveau, mais faute de points de renommée sont forcées à stagner des heures durant.

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Ces petits ratés sont cependant sans grandes conséquences sur la qualité globale du titre. La direction artistique de grande volée ainsi qu’une narration grandiose pourrait faire oublier presque n’importe quel défaut de gameplay. J’en parlais déjà il y a un an sans tarir d’éloges, mais l’habillage visuel de The Banner Saga fait parti de ce qu’il y a de mieux dans le jeu vidéo ! J’ai un peu plus de trente ans de jeu derrière moi, Game & Watch inclus, et je pense pouvoir affirmer avec confiance que le titre de Stoic Studio est un des plus beaux jeux que je n’ai jamais vu. Je le concède; le chara-design et les animations des personnages montrent une certaine limite de moyens. En revanche les décors sont splendides et chaque scène offre un panorama d’une beauté envoutante.

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Il faut compter une dizaine d’heures pour faire The Banner Saga de bout en bout. Certains pourraient trouver ça court, à raison, mais l’intensité de l’aventure compense le coté expéditif du scénario. Un scénario qui est d’ailleurs tout aussi expéditif avec ses protagonistes. A n’en pas douter les auteurs de The Banner Saga ont trouvé une certaine inspiration du coté de George R.R. Martin et de sa manie à trucider ses personnages. Et tant que nous en sommes à parler d’inspiration, je n’ai pu m’empêcher tout au long de l’aventure de faire des rapprochements avec l’excellente série de La Compagnie Noire de Glen Cook. Le plus évident étant surement la fuite en avant de la caravane, terrifiée par cette pression constante d’avoir la mort aux trousses. Tout au long de l’aventure le joueur se voit confronter à des choix moraux qui se payent cash. Par conséquent, à mesure que les chapitres passent vos décisions façonnent l’histoire sur le modèle de votre personnalité. Etant plutôt du genre « trop bon, trop con » dans la vie je peux vous dire que les développeurs de chez Stoic m’en ont fait baver.

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Pour conclure, je ne saurais trop insister sur le fait que The Banner Saga est un jeu exceptionnel et que quelque soit votre bagage de joueur il me semble être un « must play ». Il m’arrive souvent de conclure mes billets en disant que « tel ou tel jeu est bon pour celles et ceux qui aiment le genre. » Dans le cas de The Banner Saga j’aurais tendance à dire qu’il s’agit d’un grand jeu qui s’adresse à tout un chacun. En tant que jeune papa la relation entre Rook et sa fille Alette m’a particulièrement touchée, mais de manière générale, vu la complexité des relations entre les personnages je pense que tout le monde peut trouver quelque chose à prendre. A noter quand même que le niveau d’anglais requis pour tout comprendre est assez élevé et qu’il n’y a aucun sous-titres.

L’ OST est disponible pour $8 (ou plus) sur le site de l’auteur : http://austinwintory.bandcamp.com/album/the-banner-saga