Lost Odyssey

coverPour les gamers un peu fauchés ou un peu radins, voir les deux, la fin de vie d’une console est toujours un moment particulier. Toute la retenue dont ils avaient du faire preuve pendant des années n’a plus lieu d’être. Le marché de l’occasion est inondé de matériel que leur propriétaires abandonnent contre une poignée d’euros. Les boites de jeux s’empilent chez les revendeurs attendant désespérément de trouver acquéreur. Le gamer famélique peut enfin défaire sa ceinture. L’heure du festin commence.

Cette deuxième moitié d’année 2013 est particulièrement propice au joueur radin/fauché que je suis. Pendant que Sony et Microsoft échangent les premières salves de ce qui va être la guerre des consoles next-gen, je prend le temps de regarder tranquillement ce que j’ai manqué « d’incontournable » ces dernières années pour y jouer à moindre coût. C’est sur la Xbox 360 et le J-RPG Lost Odyssey que j’ai décidé de jeter mon dévolu. Habitué des forums de jeux vidéo, ça fait un moment que je lis la prose de joueurs chantant les louanges du titre de Mistwalker avec ferveur. Etant moi même amateur du genre je me suis fendu des 8 dollars, frais de port inclus, nécessaires à l’achat du jeu sans sourciller. Je suis grand prince quand il s’agit de jouer pas cher.

Lost Odyssey

Sorti très tôt dans la vie de la 360 Lost Odyssey reste un jeu assez réussi techniquement

Ma première surprise fut de découvrir 4 DVD en ouvrant la boite du jeu. Il y a 15 ans de cela 4 DVD auraient été un argument de vente imparable. Une promesse de contenu gargantuesque, de cinématiques interminables, de qualité, tout simplement. Aujourd’hui en revanche, 4 DVD c’est la promesse de devoir lever ses fesses de gamer du canapé pour aller changer de disque toutes les X heures de jeu. Insupportable !

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Une des promesses de Lost Odyssey est de vous faire affronter des Ghettos Blasters sur pattes.

J’enfourne le premier DVD dans ma console et plonge directement sur un champ de bataille dévasté. Veuillez noter l’ellipse narrative parce qu’en réalité il m’a fallu un bon quart d’heure d’installation avant de pouvoir lancer le jeu. Bref, premier constat, le jeu évite quelques stéréotypes de J-RPG traditionnel. Le héros n’a pas 15 ans. Il ne glande pas dans son village bucolique à attendre une pluie de feu dévastatrice qui le lancerait sur le chemin de l’aventure. Et il n’est pas amnésique. Ah, si, pardon, il est amnésique. Bon, un stéréotype sur trois, c’est pas si mal. Il faut aussi avouer que le tutoriel est bien intégré. Contrairement à un Star Ocean 4, que j’ai essayé brièvement il y a quelques semaines, le joueur n’est pas submergé d’informations avant d’être envoyé vers un monde hostile accompagné d’un laconique « et maintenant démerde ! »

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Les décors manquent souvent de diversité chromatique dirons-nous

Visuellement Lost Odyssey fonctionne toujours bien. Le jeu a beau être sorti 2007 les modélisations sont correctes tout comme la technique. La direction artistique quant à elle est plutôt audacieuse. A en croire les critiques, pour le moins partagées sur le sujet, les heaumes de 2 mètres de haut qui trônent solennellement sur la tête des soldats sont un élément segmentant du design de Lost Odyssey. Au final j’ai trouvé le coté Final Fantasy/Steampunk/Heroic Fantasy plutôt sympa.

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Ah Bogimoray…

Jusqu’ici tout s’annonçait bien. Un design plutôt cool, un scénario pas trop stéréotypé et un tutoriel bien ficelé. Oui mais voilà, il fallait que le game design vienne gâcher la fête. La difficulté, qui jusqu’ici s’était montrée discrète (pour ne pas dire inexistante), allait tout d’un coup faire une entrée théâtrale. Son nom, Bogimoray. Tel un vieil oncle alcoolique qui ruine la reception de votre marriage en s’empiffrant de petits fours tout en invectivant la mariée avant de s’effondrer dans son vomi, Bogimoray allait faire tourner l’ambiance à l’aigre. Bogimoray donc, ce vers de terre géant baigné de magie magique, est le deuxième boss à se mettre en travers de la route de notre héros. Notre première rencontre se soldait par une défaite cuisante coté canapé. Qu’à cela ne tienne, j’ai taté du RPG des années durant, j’ai fini Demon’s Souls sans ragequit une seule fois, ce n’est pas un boss de seconde zone qui va me faire peur. Reload. Tu vas voir ce que tu vas voir Bogimoray. Tu vas en prendre plein la… Game Over. Bon, okay, je retenterai demain.

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Un manque de diversité chromatique disais-je…

La nuit m’ayant porté conseil j’ai re-attaqué l’asticot magique sous les premiers rayons de l’aube. Vers onze heure trente, midi quoi. Le combat s’annonçait plutôt bien. J’avais trouvé le point faible de mon ennemi et réussissait tant bien que mal à contrôler les dégâts qu’il m’infligeait. A bout de souffle mon mage invoquait un dernier sort et Bogimoray tombait, terrassé par la puissance de ma stratégie. L’euphorie ne fut que passagère puisqu’une poignée de secondes plus tard l’asticot se relevait, furieux, et bien décidé à me faire revendre le jeu sur Amazon. Il ne lui fallait que quelques tours pour m’envoyer une fois de plus sur l’écran titre via l’écran de Game Over. Je tentais par deux fois encore de battre ce boss de pacotille refusant de grinder quelques niveaux pour rendre la tache moins laborieuse. Et puis nous atteignîmes le point de non retour. Le ragesell. Contrairement au ragequit, qui consiste à éteindre sa console d’un doigt vengeur, le ragesell est le pinacle de la colère vidéo-ludique. Décidé, et sérieusement frustré, je passais un accord tacite avec la machine qui depuis quelques heures maintenant jouait avec mes nerfs. « Ok, tu ne meurs pas ce coup-ci, je te VENDS sur amazon ! » Encore une fois le combat était tendu et l’enjeu de taille. Bogimoray tombait une première fois, mes soldats faisant preuve d’un courage admirable. Et puis, et puis… le Game Over. Bogimoray m’avait vaincu. Une fois de plus. Une fois de trop. Ma tristesse ne fut que passagère puisque je trouvais une nouvelle âme à torturer pour Bogimoray en l’échange de $16, frais de port inclus. Cool !

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Je ne sais pas qui est-ce. Je l’ai juste mis pour faire cool.

Je n’ai aucun doute sur le fait que Lost Odyssey est un bon J-RPG pour certains. Entre la direction artistique audacieuse, la bande son de haute volée, voir même le contenu apparemment imposant, de nombreux ingrédients sont réunis pour transporter le joueur dans une odyssée fantastique. Et pourtant, pendant que Mistwalker s’attachait à produire un AAA à la hauteur des attentes de son commanditaire (Microsoft) le développeur japonais se loupait méchamment sur des points complètement rédhibitoires pour moi. Les combats aléatoires et l’attitude hautaine, parce que ça fait cool, du héros sont des exemples parmi tant d’autres qui m’ont empêché de plonger à corps perdu dans Lost Odyssey. J’aurais pu passer outre si la fausse difficulté du titre ne m’avait poussé au ragesell. A l’instar de Unity of Command, dont je parlais il y a peu, Lost Odyssey est un jeu qui laisse peu de place à la liberté créative du joueur. Certaines situations, lire Bogimoray, force le joueur à emprunter l’unique chemin dessiné par les game designers. Suivre une méthode particulière pour venir à bout d’un boss n’est pas une nouveauté dans le RPG. Cependant Mistwalker a poussé le principe à son paroxysme, forçant le joueur à réciter une stratégie imposée à la lettre tout en ne laissant pratiquement aucune marge à l’improvisation. Sans moi, Bogimoray !

Le trailer :

Un extrait de la BO :