Fire Emblem: Awakening

boxLa première année d’existence de la 3DS m’avait laissé de marbre. Comme à son habitude, Nintendo avait choisit de jouer la carte de la sécurité en mettant principalement en avant ses licences fétiches, Mario en tête. Mario Tennis, Mario Kart, Mario Land, Paper Mario, Mario va chez Lidl, Mario tombe en panne sur l’autoroute… Bref, fatigué depuis un moment déjà d’incarner un plombier moustachu je m’étais plus ou moins désintéressé de cette nouvelle portable à l’effet 3D souvent décrit comme gadget. Puis vint le mois de janvier et l’effervescence de la campagne marketing de Fire Emblem. Un trailer par ci, des screenshots par là. Il n’en fallait pas beaucoup plus pour que mon gamoradar s’affole. Ce “pas beaucoup plus” prit la forme d’un bundle incluant une jolie 3DS à la couleur azur, frappée des armes de la série, et le jeu Fire Emblem: Awakening. Quelques jours plus tard je me retrouvais une 3DS entre les mains. Une XL. Pas celle du bundle donc. Oui, je sais, cela n’a aucun sens. Mais c’est ça aussi être un gamer.

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Ylisse Ton Univers Impitoyable

Fire Emblem: Awakening se trouve être ma première incursion dans cette série au passé si glorieux. Mais, pour être honnête, avant la publication du test de Grégoire Hellot sur Gamekult l’été dernier je n’avais jamais entendu parler de Fire Emblem tout court. Ce qui me fit plonger, et par la même occasion acheter une 3DS, c’est, outre une direction artistique brillante, la promesse d’un jeu au gameplay ardu et sans concession. Fatigué d’enchainer les jeux aux mécaniques simplifiées sur l’autel de l’accessibilité j’ai tendance à tendre l’oreille lorsqu’au détour d’un test je lis le mot “difficile”. Un mot que Greg répéta 7 fois dans son article.

Toujours créer le surnombre. C'est la première leçon que le joueur reçoit

Toujours créer le surnombre. C’est la première leçon que le joueur reçoit

Il faut le reconnaître, Fire Emblem: Awakening est un titre exigeant. Exigeant tout d’abord en temps. N’espérer pas croquer FE: A comme un vulgaire snack game à la pause goûter. Le jeu d’Intelligent Systems est généreux en terme de contenu. De nombreuses heures à suer sur le stick de votre 3DS seront nécessaires pour en venir à bout. FE: A est aussi un jeu exigeant en terme de patience et de self-control. Perdre un personnage élevé avec amour des heures durant à un tour de la fin d’un chapitre est une expérience… enrichissante. Ô oui, enrichissante. Enfin, Fire Emblem est avant tout un jeu exigeant en terme de planning, de vista, de skills, de… de… de réflexion tout simplement.

Le champ de bataille, votre terrain de jeu.

Le champ de bataille, votre terrain de jeu.

D’ailleurs, l’ennemi le plus retors que vous aurez à affronter dans Fire Emblem n’est pas l’IA mais bien vous-même. Très souvent vos soldats tomberont au combat par votre faute. Chaque erreur d’inattention ou excès de confiance se paye—cash. Histoire de bien faire prendre l’étendue de ses responsabilités au joueur, Intelligent Systems offre de créer un avatar pour marcher au coté des héros d’Ylisse, le continent où se déroule l’aventure. Cet avatar permet une identification plus profonde au joueur qui, dès lors, devient acteur du drame qui se déroule devant ses yeux. Le génie d’Intelligent Systems est d’avoir fait de ce personnage un tacticien à charge de planifier les combats de son prince, le héros Chrom. En d’autres termes, vous, le joueur qui commande ses troupes sur l’échiquier du champ de bataille, incarnez un tacticien qui commande ses troupes sur l’échiquier du champ de bataille. Une bien jolie mise en abîme.

Ne vous trompez surtout pas. Une option promet des heures de fun, quant à l'autre...

Ne vous trompez surtout pas. Une option promet des heures de fun, quant à l’autre…

Toujours en parlant de difficulté, au commencement d’une partie il est demandé au joueur de choisir entre normal, hard, ou lunatic ainsi que d’opter pour le mode classic ou le mode casual. Si le choix d’un mode de difficulté n’a rien de nouveau, l’apparition d’une option ‘casual’ peut brusquer le gamer un peu méfiant. A l’inverse du mode classic, les personnages tombés au combat dans le mode casual sont ressuscités à la fin de la bataille. Le choix que fera le joueur entre ces deux options définira de manière drastique l’expérience de jeu. Tout le sel de Fire Emblem vient de cette peur constante de voir un personnage bichonné pendant des heures tomber sous les assauts répétés d’une IA tyrannique. D’ailleurs, très vite vous réaliserez que l’objectif de l’IA n’est pas de gagner une bataille mais bien de tuer vos personnages. Aussi, ne fera-t-elle pas systématiquement le meilleur choix stratégique mais bien celui qui fera passer votre personnage préféré de vie à trépas. C’est précisément dans ce genre de situation que votre sang-froid sera mis à rude épreuve. Tel un escadron de kamikaze les ennemis s’abattront sur votre soldat isolé pour espérer le voir s’effondrer, vous arrachant par la même occasion un flot ininterrompu de jurons en tout genre. Alors, le geste grave, le regard fier, vous presserez L+R+Select+Start pour ramener votre 3DS en pleine lumière (de l’écran d’introduction). Ce choix de game design, au demeurant assez discutable, fonctionne pourtant à merveille. Peut-être suis un masochiste qui s’ignore, mais si la faim est la meilleure des épices, je trouve que la frustration est la meilleure des motivations.

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A Vaincre sans Péril, On Triomphe sans Gloire

Ce sont cette difficulté et cette frustration permanente qui permettent au joueur de rester en haleine pendant des dizaines d’heures à répéter inlassablement les mêmes commandes. Il faut reconnaître que si le gameplay est efficace, il n’est surement pas varié. Pourtant, à aucun moment, le jeu ne se révèle indigeste. Basé sur un modèle proche d’un Robot Taisen ou d’un Advance Wars le titre d’Intelligent Systems fait dans le classique. Vos unités se déplacent tour à tour sur une grille prédéfinie. Chaque unité possède des compétences spécifiques qui feront qu’elle pourra taper plus fort, encaisser plus de dégâts, se déplacer plus loin etc… A cela vient s’ajouter une multitude d’armes différentes, qu’il faudra remplacer régulièrement à cause de l’attrition qu’elles subissent lors de leur utilisation, et l’on obtient un tactical-RPG plutôt standard.

Le forgeron, compagnon de toujours du rôliste vieillissant.

Le forgeron, compagnon de toujours du rôliste vieillissant.

Mais Intelligent Systems ne s’est pas arrêté là. Et c’est grâce à la générosité du studio first-party de Nintendo que Fire Emblem: Awakening s’envole vers les sommets du genre. Tout d’abord la galerie de personnages : plus d’une quarantaine de personnages sont jouables au cours de l’aventure. La plupart d’entre-eux possèdent des interactions spécifiques qui leurs permettent d’augmenter leur niveau de symbiose et par conséquent d’efficacité lors des combats. Pas loin de 50 classes sont disponibles, évolutions comprises, pour modeler les protagonistes à votre bon vouloir. Enfin, une série de quêtes annexes, appelées “paralogues” viennent supporter la trame principale et étayer le jeu de quelques poignées d’heures supplémentaires. Généreux je vous dis.

Le pauvre ruffian va prendre cher.

Le pauvre ruffian va prendre cher.

Malheureusement l’introduction de DLC payants vient parsemer le ciel d’Ylisse jusqu’alors immaculé de quelques nuages bien désagréables. Surnommés “exalogues” les DLC, vendu au prix de $2.5 par carte ($6 pour un pack de trois), tiennent plus du cheat code que de l’ajout de contenu. Ces cartes optionnelles, qui sont les seules à pouvoir être rejouées indéfiniment, permettent notamment en l’espace de 5 minutes de remplir ses coffres de pièces d’or ou de leveler ses personnages de quelques niveaux supplémentaires. Un choix bien discutable.

Enfin, pour finir ce test déjà bien trop long, j’aimerai revenir sur la qualité de la direction artistique. Fire Emblem: Awakening transpire la classe. Tout d’abord les cinématiques, bien que peu nombreuses, magnifient un jeu déjà très joli. Vient ensuite le chara-design, élégant et efficace, il donne à toute la galerie de personnages un style redoutable. De Chrom à votre avatar en passant par Donnel, le troufion de base, chaque personnage a été dessiné avec soin prouvant que Fire Emblem: Awakening est un titre peaufiné dans le moindre détail. Que ce soit la musique, les graphismes ou le gameplay tout a été traité avec la plus grande attention. Il en ressort un superbe jeu qui mérite largement les éloges qu’il a reçut aux Etats-Unis et au Japon. Un jeu qui mérite à mon sens que l’on cède à la tentation de s’acheter la portable de Nintendo. Alors, Fire Emblem: Awakening, GOTY 2013 ? Il est encore trop tôt pour donner une réponse à cette question mais FE: A a définitivement pris une option pour la tête du fameux classement de fin d’année.


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