F1 Grand Prix Part II

cover1993 fut une année extrêmement riche. Alors oui, Bill Clinton débutait sa présidence, Bérégovoy tirait sa révérence et l’Olympique de Marseille était sacré champion d’Europe quelques mois avant de s’embourber dans des histoires de finances. Mais à coté de ces événements de faibles portés quelques chose de grand secouait l’archipel Nippon. Un chef-d’oeuvre prenait naissance. Ce monument en devenir était tellement immense qu’il allait projeter une ombre dominatrice sur les générations suivantes, incapable de réaliser avec le niveau d’excellence qu’il était en train d’établir. Cette oeuvre, vous l’aviez tous deviné, n’est autre que F1 Grand Prix Part II… hmmm. F1 Grand Prix Part II !!! Non ? Toujours pas ? Bon… tant pis.

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Les illustrations de la « cinématique d’intro » tapaient sévère

Le danger quand on parle de jeux rétro c’est qu’on a tôt fait de se lancer dans de grandes phrases grandiloquentes, remplies de superlatifs pour parler au final de sprites en 16 couleurs accompagnés de lancinant “bip-bip”. Je savais qu’en essayant de brosser le portrait de F1 Grand Prix Part II je perdrais toute crédibilité dès l’introduction. Du coup, je me suis dit que j’allais mettre le paquet, Clinton, l’OM un peu de pathos avec Bérégovoy. Je vois que je me suis planté. Du coup, j’en appelle à votre générosité. Prenez quelques minutes pour lire les lignes qui suivent et je promets de vous faire découvrir la simulation automobile la plus grandiose de tous les temps. Oui, cher lecteur ! DE TOUS LES TEMPS ! Et voilà que je recommence…

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L’époque où l’impétueux Schumacher officiait encore chez Benetton

A la vue des screenshots qui parsèment ce billet je me dis que je marche sur des oeufs. Votre capital confiance en LevelUP! doit être en train de s’étioler. Alors, pour résumer en quelques mots ce qui fait de ce jeu un tel monument dans l’univers de la simu auto je me contenterai de dire, “le mode carrière”. Alors oui, depuis 1993, nombres de studios de développement ont essayé d’étoffer le gameplay de leurs jeux de voitures en ajoutant un simulacre de vie en dehors de la conduite. La série Gran Turismo, par exemple, offre une impression de profondeur grâce à son coté “supermarché de l’automobile”. Le joueur peut chiner chez un large panel de concessionnaires pour trouver la voiture de son coeur. Pourtant, il ne s’agit que d’un mode de sélection de véhicules bien enrobé. C’est peut-être bien Codemasters qui s’approche le plus de la densité de jeu de F1 Grand Prix Part II. En multipliant les licences dans les sports mécaniques (F1 201X, Grid, Dirt…) le studio Britannique saupoudre ses jeux d’éléments déjà tous présents en 1993 dans le titre de Video System.

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HK-Motor et ses deux pilotes d’avenir

F1GPPII C’est Quoi ?

Au commencement de sa carrière le joueur est invité à rejoindre une écurie déjà existante (McLaren, Benetton, Williams, F1GPPII possède la licence FIA…) ou à créer la sienne. C’est bien évidemment le deuxième choix qui est le plus intéressant ici. Dès lors il faudra créer son avatar ainsi que celui de son copilote. Fait intéressant, celui-ci peut-être une femme. Une option assez rare dans le monde résolument macho des jeux de course automobile. Ensuite vient le choix des couleurs de l’écurie ainsi que de la forme du châssis de la voiture. Enfin, avant que la voiture soit prête pour débuter la saison, votre écurie devra signer un contrat avec un constructeur pour un moteur. De mémoire Ford, Ferrari et Renault sont en lice.

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Beaucoup de paramètres de la voiture sont modifiables et ont une vraie influence sur le comportement de celle-ci.

Les premiers tours de roues sont difficiles. Votre châssis est peu performant, vos freins oscillent entre l’efficacité de freins à galets et frein à tambours et votre moteur à tendance à rendre l’âme bien avant le dernier tour de piste. Ne désespérez pas. Votre première saison ne sera sûrement pas celle de la consécration et la route qui mène au sommet du podium est encore bien longue. Car chacun sait, le secret de la victoire en F1 c’est l’argent le talent.

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Premiers tours de roues, sous la pluie

Pour obtenir de l’argent pas de secret, il faut faire des résultats. Mais attention, de votre écurie les sponsors n’attendent pas grand chose et une neuvième ou dixième place suffira à approvisionner votre ambition de quelques ¥ bienvenues. Après avoir séduit une poignée de sponsors mineurs vous voilà à la tête d’un petit pécule qu’il faudra dépenser avec intelligence. Développer les freins, améliorer le châssis ou acheter un nouveau moteur plus performant ? C’est principalement votre style de conduite qui répondra à ces questions. Est-il plus facile pour vous de prendre des points sur le circuit sinueux de Monaco ou miser sur la cavalerie d’un moteur flambant neuf à Imola ? C’est à vous de décider. Une fois des crédits attribués à votre équipe de R&D celle-ci mettra tout en oeuvre pour vous livrer les nouveaux matériaux au plus vite. En attendant, essayez donc de rentrer dans les points à la prochaine course.

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Jean Alesi au volant de son Cavallino Rampante

Au fil des saisons votre voiture va devenir de plus en plus performante et la renommée de votre pilote va grandir. Cependant à l’intersaison vous aurez le choix entre continuer avec votre petite écurie familiale ou aller voir sous de nouveaux cieux. Il est tout à fait possible de partir courir pour Ferrari ou Williams quelques saisons pour ensuite revenir au bercail.

Un menu de sélection relativement conséquent pour un jeu Super Famicom

Un menu de sélection relativement conséquent pour un jeu Super Famicom

Et Niveau Conduite ?

Empruntant à des jeux comme F1 Circus, les développeurs avaient fait le pari osé de ne pas céder aux sirènes du Mode 7 et de la fausses 3D en choisissant une vue de dessus en 2D. Bien que peu impressionnante cette vue à la Micro-Machine offre une visibilité nécessaire pour anticiper les courbes du tracé. F1GPPII est un jeu qui va vite. Le gameplay, très technique, surclasse complètement les autres jeux du genre sortis à la même époque (Exhaust Heat, F1 Pole Position…). Impossible ici de faire un tour de circuit sans toucher la pédale de frein. Et pour calmer les joueurs un peu trop gaillards Video System a implémenté des dégâts localisés sur les différents endroits de la voiture. Un moteur mis à rude épreuve cassera sans doute possible avant la fin de la course au même titre qu’une voiture sans appuis aérodynamiques sera incontrôlable. S’il on ajoute la gestion de la météo avec une vraie influence sur le gameplay on voit que Video System était bien en avance sur son temps.

L'écurie Ligier avec Thierry Boutsen en pilote #1 si je ne dis pas de bêtises

L’écurie Ligier avec Thierry Boutsen en pilote #1 si je ne dis pas de bêtises

Malheureusement, et c’est en grande partie pourquoi il n’a jamais eu l’exposition qu’il mérite en occident, F1 Grand Prix Part II est un jeu qui n’a jamais été distribué officiellement ni en Europe ni aux Etats-Unis, limitant ainsi son audience à l’archipel Nippon et au quelques fondus près à payer 700frs en import pour se le procurer. Un troisième épisode est sorti au Japon en 1994. Mais, encore une fois, le jeu est resté cantonné au sol japonais. Je ne vous mentirai pas, pour vouloir s’attaquer à F1GPPII aujourd’hui il faut de la motivation. Malgré des mécaniques de jeu exceptionnelles le titre de Video System souffre d’une technique vieillotte. Par contre, si vous êtes branché retro-gaming je ne peux que vous conseiller d’au moins essayé ce bijou injustement oublié par l’histoire du jeu vidéo.

Pour les plus curieux, voici une vidéo qui montre à peu près tous les différents aspects du jeu.