Europa Universalis IV

euIV-coverComment aborder un jeu comme Europa Universalis IV (EU IV) ? Avant même de réfléchir au contenu de ce billet il fallait que je trouve un angle d’approche pour résoudre cette question. Comme son nom l’indique, EU IV est le quatrième opus de la série Europa Universalis. Si, si, je vous le jure. J’ai fait des études. Très rapidement j’ai écarté l’idée de faire un test « contrôle technique » qui n’aurait été qu’une énumération de nouveautés et différences présentes dans cette nouvelle mouture. D’une, ce serait pénible à lire et de deux, ce serait encore plus pénible à écrire. Après quelques jours à cogiter — j’ai beau avoir fait des études, je suis un peu lent — je me suis dit qu’il faudrait tenter d’expliquer ce qui fait d’EU IV un grand jeu. Enfilez votre pourpoint, coiffez votre tricorne nous avons rendez-vous avec l’histoire.

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Un premier point qu’il me semble important de soulever, c’est qu’Europa Universalis est un jeu unique en son genre. S’il suffit de balancer un coup de pied dans un buisson pour voir une douzaine de Call of Duty s’échapper en courant, vous pourrez chercher bien longtemps avant de trouver quoique ce soit qui s’approche d’EU (mis à part les autres jeux de Paradox Interactive bien sur). Tout d’abord, Europa Universalis est un jeu bac à sable. Ce terme est souvent galvaudé par le service presse des majors du jeu vidéo. En réalité il n’y a que très peu de jeux bac à sable et, je vous le donne en mille, Europa Universalis fait partie de cette poignée d’élus. Dans le cas présent votre bac à sable se trouve être le monde. Vous choisissez un pays parmi la centaine disponible au départ et fixez un objectif à atteindre. La partie se finit en 1820. Vous avez 400 ans pour atteindre votre but ou probablement échouer en essayant.

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Le deuxième aspect qui rend Europa Universalis si particulier c’est qu’il ne dilue pas la réalité historique au profit d’une équité politiquement correct. Le Civilization de Sid Meier, souvent présenté comme une alternative à EU, offre au joueur de construire son empire en omettant les forces militaires, géographiques, religieuses et voir même culturelles qui ont façonné le monde moderne. Tout le monde part sur un pied d’égalité. Avec Europa Universalis, pour peu que vous décidiez de jouer les Incas, vous comprendrez très vite que ce n’est pas le cas. Les règles mises au point par les développeurs ont pour objectif de garder une certaine cohérence avec la réalité. A la fin d’une partie complète, quatre siècles de jeu donc, il est fréquent d’avoir une Europe « relativement similaire » avec celle du début de la révolution industrielle. Bien entendu certains territoires auront changé de mains à plusieurs reprises, mais de manière général l’histoire aura suivi son cours.

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Cette rigidité dans les mécaniques de jeu est un peu troublante pour le joueur fraîchement débarqué. Pourquoi donc nous empêcher de conquérir le monde d’une seule traite avec le Mali ? La réponse est extrêmement simple, Europa Universalis est un simulateur d’Histoire. Mais si l’histoire suit généralement son cours, EU vous offre quand même la possibilité d’imprimer votre marque en son lit. A ce titre en début de partie le jeu vous suggère une demie douzaine de pays « intéressants » à contrôler. La France, l’Autriche ou encore l’Empire Ottoman font partis de cette liste. Cependant, même si ces quelques pays ont la puissance nécessaire pour se lancer dans de grandes conquêtes ils sont contraints par les nombreux garde-fous imposés par le jeu. En cas d’expansion trop rapide votre nation pourrait sombrer dans une guerre civile et imploser en de multiples entités. J’en ai fait l’expérience en jouant l’Hindoustan. Après avoir rassemblé tous les royaumes du sous-continent Indien sous ma bannière, une série de révoltes menées par des groupuscules nationalistes m’a ramené à la case départ.

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Un autre garde-fou important est le développement technologique. Afin d’assurer aux nations européennes la suprématie technologique qui mena nos chers ancêtres à leur mission civilisatrice, les développeurs ont décidé de scinder les zones géographiques en zones technologiques. L’Asie de l’est, par exemple, se voit imposer une pénalité de 160% de temps supplémentaire dans le développement de ses technologies. Après deux siècles, l’écart devient tellement énorme qu’il sera impossible à la Chine de résister aux assauts des puissances européennes. Le seul moyen de palier à cette pénalité et de passer par un processus « d’occidentalisation ». Le terme est lâché.

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C’est un des aspects d’EU qui vaut nombres de débats sur les forums officiels. Et s’il est vrai que l’eurocentrisme biaisé du studio de développement (Paradox Interactive) est souvent hors de propos, il est facilement justifiable en terme de game design. Sans limitations technologiques la Chine aurait les ressources nécessaires pour rouler sur le monde et les particularités culturelles, idéologiques et religieuses grâce auxquelles ce ne fut pas le cas serait extrêmement difficile à traduire en terme de mécaniques de jeu. Aussi, la thèse d’Europa Universalis est qu’à l’aube du XIXe siècle l’Europe était sans contestation possible hégémonique. Les restrictions imposées par le game design ont pour but de guider le jeu vers un XIXe siècle probable.

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Mais après tout, les limitations ne sont-elles pas imposées pour être mieux contournées ? A force d’échecs le joueur finit par assimiler les techniques nécessaires pour mener sa nation vers les sommets. C’est à ce moment là que le jeu révèle toute sa richesse car EU met à disposition des outils et concepts qui ont façonné l’histoire. Du blocus maritime aux coalitions militaires en passant par le financement de groupes rebelles, Europa Universalis nous permet d’incarner l’expression même du realpolitik. En d’autres termes, gérez votre politique extérieure au grès des opportunités et il se pourrait que votre Mali, pourtant mal loti en début de partie, finisse comme figure hégémonique sur l’échiquier des grandes puissances. Et c’est bien ce qui fait tout le sel de cette grande série du jeu vidéo, un cadre strict au coeur duquel le joueur à toutes libertés.

Le trailer du jeu : (Paradox Interactive étant une boite Suédoise on peut voir qu’ils se sont servis. L’empire de Suède, tout un programme…)