Au Temps de Botchan

botchan-coverLoin d’avoir l’étendue du catalogue manga disponible en France, les Etats-Unis rattrapent néanmoins leur retard depuis un peu plus de dix ans. Et si shoujo et shounen cartonnent sans surprendre grand monde, il semblerait que le manga « pour adulte » réussisse lui aussi à se faire une place au soleil. Il aura tout de même fallu attendre que les élites glorifient (à raison) le grand-père du manga Osamu Tezuka pour que d’autres génies puissent suivre dans son sillage. Ainsi j’ai depuis quelques temps le plaisir de voir débarquer dans mon pays d’adoption les œuvres d’un de mes artistes préférés, Jiro Taniguchi.

Au temps de Botchan, un manga de Natsuo Sekikawa et Jiro Taniguchi donc (oui la longue intro c’était juste pour ça…), traite avec beaucoup de subtilité d’une des périodes les plus influentes de l’histoire japonaise — la restauration Meiji. En deux mots, au XIXe siècle le Japon voit la Chine se faire maltraiter par le royaume conquérant d’une certaine Victoria et décide que d’opter pour une industrie et une armée moderne serait le meilleur moyen de garder les mains colonisatrices des grandes puissances loin du trône impérial. Un programme de réformes drastiques est lancé. Malheureusement, du point de vue des protagonistes, pour se moderniser le Japon doit s’occidentaliser et par la même occasion perdre une certaine part de son identité.

Botchan

Si l’expression « le japon, un pays entre tradition et modernité » est un lieu commun suranné, elle a tout de même le mérite de mettre en exergue la mélancolie des personnages historiques qui composent le manga de Taniguchi. Au coté de l’auteur du roman Botchan (Sôseki Natsume), on retrouve toute une galerie d’écrivains, poètes et personnalités publiques qui sont autant de témoins de la transition entre le japon féodal des samouraïs et l’oligarchie moderne des zaibatsu. L’histoire capture des petits moments de vie au cours desquels les personnages chroniquent le temps qui passe et qui se transforme. C’est là tout le charme de ce manga, de placer le lecteur au coeur de saynètes presque futiles plutôt que comme témoin de la grande histoire.

L’édition de Au temps de Botchan a été reprise en 2011 par Casterman. Trois volumes sur cinq sont déjà parus en France.

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